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Médecine traditionnelle, médecine moderne et psychomotricité : la question de l'énergie vitale en débat

Medecine Traditionnelle Moderne Psychomotricite Energie Vitale

La compréhension du monde vivant pose la question de l'énergie vitale. D'où provient l'énergie qui anime notre corps et notre esprit ? Quelle est sa nature ? Quel est son devenir ? Peut-on l'influencer pour soigner, pour guérir ou simplement rester en bonne santé ?

Les cosmologies asiatique et africaine considèrent que l'être humain, comme tous les êtres vivants, n'est qu'un élément du cosmos, animé par une énergie universelle qui provient d'une même source.

"Cette énergie subtile que l'Inde, la Chine et l'Egypte connaissaient depuis longtemps et dont les expérimentations médicales de l'Occident confirment peu à peu l'existence, est aussi nécessaire à notre corps que l'est l'électricité pour un moteur. Toute perturbation au niveau des circuits énergétiques, se répercute sous la forme de troubles organiques plus ou moins graves." nous rappellent Geneviève et Babacar Khane, refondateurs du Yoga négro-égyptien.

Si l'Occident a, à sa façon, pris en compte le principe d'énergie vitale, il ne l'a jamais vraiment intégré, se limitant à une compréhension thermodynamique de l'énergie corporelle, à l'image des machines à combustible.

En effet la médecine, depuis qu'elle s'est liée aux sciences biologiques, ne pense l'énergie qu'en termes de combustion des glucides, de stockage des lipides, de dégradation des protéines, de capital-santé, de dépenses d'énergie, dans une logique toute consumériste.

Là où il est question de balance énergétique, il est ici question de circulation énergétique. Là où l'on remet les corps en forme, ici on rééquilibre les tensions. Là où le savoir s'établit sur la science, ici la connaissance s'établit sur la conscience. Là où le corps est considéré comme une machine, ici le corps se vit, le corps se danse.
La difficulté pour les Occidentaux d'appréhender l'énergie vitale autrement que par l'ésotérisme

Notons la difficulté pour les Occidentaux de traduire ces conceptions exotiques de l'énergie vitale qu'ils jugent souvent ésotériques, alors qu'elles ne font référence qu'à l'expérience vécue. Pourquoi ? Parce que l'énergie vitale se perçoit avant de se concevoir.

Il n'y a rien de mystique ou d'ésotérique dans l'expérience vécue de l'énergie vitale, il n'y a que des sensations qui nous semblent trop proches ou trop banales pour qu'on y prête vraiment attention.
De quoi s'agit-il : courants chauds ou froids qui parcourent le corps, frissons, picotements, fourmillements, bouillonnements, lumières, etc.

Observons que les médecins ne questionnent plus les sensations de leurs patients. Seule la douleur inquiète et mérite d'être soignée.

Le patient qui délivre à son médecin ses perceptions fines est rarement entendu quand il n'est pas pris pour un hypochondriaque ou un illuminé, il a donc souvent tendance à se censurer, et même à ne pas s'écouter.

Seuls aujourd'hui les examens complémentaires sont dignes de foi. Exit le sens clinique du médecin qui, de nos jours, n'ausculte plus les corps, ne palpe plus un foie, ne percute plus un tendon.
Le questionnaire binaire et l'ordinateur ont remplacé la clinique, débouchant sur une prescription de médications chimiques. Le projet de loi actuellement en discussion est tristement en train de sonner le glas d'une médecine humaniste.

La médecine traditionnelle est à l'opposé de cette médecine technologique et déshumanisée dont se détourne bon nombre de patients insatisfaits, pour aller vers d'autres approches.

La véritable médecine traditionnelle est avant tout relationnelle, le tradipraticien écoute son patient, l'observe, le touche, prend le temps qu'il faut, et obtient d'excellents résultats.

L'idéologie occidentale, encore largement dominée par la pensée cartésienne, a cependant aussi portée en son sein la pensée de Spinoza qui est proche de la conception afro-asiatique.

Spinoza pensait que le corps et l'âme n'étaient que deux expressions différentes d'une même source d'énergie. Ainsi a-t-il développé l'idée de conatus qui n'est pas très éloignée des notions de qi en Chine, de ki au japon, de pr?na en Inde et de ngo en Afrique centrale.

On pourrait définir le conatus comme l'énergie qui pousse l'être vivant à la survie et le dirige vers le bien-être, c'est "l'effort incessant de chaque étant pour persévérer dans son être". Les spiritualités les plus anciennes s'établissent sur la conscience de notre corps énergétique qui définit l'âme de chaque être humain.

L'âme, anima en latin, est la force qui nous anime, qui nous rend vivant, qui nous offre la capacité de nous construire et de nous reconstruire en permanence.

Qu'est devenu le conatus de Spinoza dans la conception de l'énergie vitale en Occident ? Sans doute trouve-t-il son prolongement dans le courant psychanalytique. Ainsi la libido de Sigmund Freud, l'orgone de Wilhem Reich (élève de Freud) et la bioénergie d'Alexander Lowen (élève de Reich) sont-elles les conceptions occidentales les plus enclines à y être rattachées.
La psychomotricité, héritière de Spinoza

La psychomotricité est aussi l'héritière de Spinoza. Tout en se référant à la psychanalyse et aux neurosciences, elle utilise des outils comme le Yoga, le Qi Gong, la méditation ou bien encore la danse, qui développent la conscience du corps et mobilisent l'énergie vitale.

La psychomotricité postule que le psychisme s'élabore sur des données corporelles et vise ainsi l'unité corps-esprit dans le but de stimuler les processus d'auto-guérison du sujet.

Tout comme le tradipraticien, le psychomotricien travaille sur le ressenti du patient, lui apportant une écoute contenante, dans le but de l'amener à mobiliser et à réguler son énergie vitale.
La psychomotricité tente de réaliser le lien entre les deux conceptions énergétiques, en intégrant à la fois les connaissances expérimentales issues des traditions anciennes et le savoir scientifique moderne.

En fait, les deux modèles énergétiques, dont la psychomotricité tente de faire la synthèse, ne sont pas contradictoires mais complémentaires, comme devraient l'être les médecines modernes et traditionnelles.

Des avancées ont lieu dans ce sens, des services hospitaliers collaborent aujourd'hui avec des guérisseurs et des magnétiseurs, ainsi qu'avec des professeurs de Yoga et de Qi Gong. Une ère nouvelle est peut-être en train de s'ouvrir. Espérons activement !

L'énergie vitale

Selon le modèle scientifique
moderne
Selon le modèle expérimental traditionnel
Energie matérielle :
Thermodynamisme des glucides, des lipides et des protéines. Stockage, dégradation, consommation, combustion.
Energie immatérielle :
qi en Chine, ki au Japon, pr?na en Inde, ngo en Afrique centrale, conatus (Spinoza), libido (Freud), orgone (Reich), bioénergie (Lowen).
Balance énergétique :
Apports nutritionnels / Dépenses caloriques.
Circulation énergétique :
Régulation du flux énergétique, dispersion, dynamisation.
Mesures extra-corporelles :
Electro-cardiogramme, tensiométrie, calorimètrie, indice de masse corporel, podomètrie, accéléromètrie, etc.
Système perceptif corporel :
Expérimentation sensorielle vécue : posture, respiration, relaxation, méditation, mouvement, rythme, voix.
Remise en forme.
La forme-matière contrôle l'énergie.
Libération de l'énergie.
L'énergie crée la forme-matière.
Pratiques corporelles sportives et artistiques, à transmission académique : culturisme, gymnastiques, danse classique, cardio-training, fitness. Pratiques corporelles spirituelles à transmission initiatique : Yoga, ayurvéda, Qi Gong, zazen, danses traditionnelles, chamanisme.
Corps-machine : performances, rendement, plastique corporelle. Corps vécu : éveil sensoriel, spirituel, existentiel, relationnel.
Individu = Objet (objectivité) Individu = Sujet (subjectivité)
Médecine hospitalo-universitaire :
approche symptomatique.
Médecine traditionnelle :
approche holistique.
SCIENCE / SAVOIR CONSCIENCE / CONNAISSANCE

La psychomotricité intègre ces deux modèles complémentaires.


1 Khane Geneviève et Babacar (1987). Le Yoga de la Verticalité - Pédagogie et pratique du Yoga des Pharaons. Dervy.2 Crabbé Jean-Michel (2005). L'échec de la médecine occidentale. Ellébore.3 Damasio Antonio R. (2005). Spinoza avait raison – Joie et tristesse, le cerveau des émotions. Odile Jacob Poches.

Pierre Dalarun

Psychomotricien et Psychothérapeute

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